mardi 8 février 2011

Stéphane Hessel ou le retour de la Castafiore

L'idée de ce rapprochement à première vue incongru m'est venue en lisant le dernier numéro de Causeur, dont le dossier s'intitule La République des indignés et contient une longue et belle et bonne interview d'Alain Finkielkraut que je recommande au bon peuple. Dans ce dossier également, un article de François Taillandier, Les pépins de la colère, dont je vous livre le dernier paragraphe alors que vous n'êtes même pas abonnés si ça se trouve :

« (…) qu'y a-t-il donc de si grotesque dans la posture de l'indigné ? Je hasarderai ceci : elle est un narcissisme. L'indigné est assurément sincère ; mais la sincérité ne nous protège pas de l'erreur, et d'abord de l'erreur sur nous-mêmes. L'indigné, au fond, même s'il ne le sait pas, est beaucoup moins soucieux du scandale, de l'injustice contre quoi il exhale ses fulminations que de montrer à tous qu'il a une belle âme noble. Et montrer sa belle âme noble, il n'y a rien de plus dégoûtant. »

Évidemment, il y a d'abord la vanité fugitive de voir reprise par un écrivain que l'on aime l'image que l'on a soi-même utilisée plusieurs fois, celle de la belle âme, et que l'on pourrait aussi appeler le syndrome de Marguerite : Ah ! je ris de me voir si belle en ce miroir !

C'est alors que, dépassant pour ainsi dire le stade du miroir, et repensant à l'antédiluvien inventeur de l'indignationisme, je me suis aperçu que Stéphane Hessel n'était pas Marguerite, laquelle a sa noblesse, mais seulement et tristement Bianca Castafiore (avec Edgar Morin au piano ?). C'est-à-dire l'envahissante diva qui, jouant de son pouvoir orphéonique, assène de sa voix puissante et fausse qu'elle est si belle en ce miroir, mais en ayant bien garde d'aller s'y contempler. S'il l'avait fait, qu'aurait-il vu ? Un vieillard affublé d'un keffieh pour singer la jeunesse, renvoyé par une surface lisse et radicalement étrangère puisque réfléchissante.

15 commentaires:

  1. Vous citez fort à propos le billet de François Taillandier dans Causeur. Mais vous êtes dur avec l’insupportable diva hergéènne. Aussi ampoulée soit-elle d’elle-même, Bianca s’est imposée par son travail (et sans doute la fuite de la concurrence aux oreilles sensibles, certes…) alors que Hessel s’est contenté d’être ce qu’il est depuis le retour des camps… Taillandier parle d’Agrippa d’Aubigné, de Voltaire et de Zola qui, eux, en on gratté du papier ; pas seulement un dépliant à 5 €. Bref, comme il le laisse entendre, l’indignation de Hessel s’apparenterait "à une éjaculation précoce…"

    Ceci-dit, pour le vieux schnock andropausé, c’est un peu tiré par les cheveux…

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  2. Merci pour ce billet cher Didier ! Quant à Blanche Chastefleur, quelle référence !!!

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  3. "radicalement étrangère puisque réfléchissante"... la belle formule!
    Mais au crépuscule de sa vie, celui qui a toujours aimé transgresser et refuser l'ordre établi, comme un désir d'exister qu'il n'aurait pas su réaliser, se tourne vers son public et lui lance: "Indignez-vous!"
    Il faut être honnête, ce dernier n'est pas bégueule et lui a répondu.
    Mais quelle curieuse formule. On aurait compris "Levez-vous!", "Soulevez-vous!", Révoltez-vous!", mais non précise-t-il: il s'agit d'une insurrection pacifique. On se doit de tout brocarder, renier, balancer, mais dans le calme. Une désobéissance civile, vraiment très civile.
    D'ailleurs, l'indignation, c'est un peu la révolte de l'arapède. Vissé sur son rocher, il s'indigne autant qu'il s'incruste. Avec l'indignation on joue sur du velours. On a le beurre, l'argent du beurre et on fricote avec la crémière.
    Car indigné suppose digne, bien sûr, et hauteur morale, distance très pratique pour éloigner le malfaisant. On ne risque pas de mauvais coup, ni de l'adversaire, ni de ses amis embusqués encore plus en retrait.
    Et puis c'est pratique. Pas question de se fatiguer. On choisi son répertoire une fois pour toute, même si on ne dédaigne pas opportunément se joindre à un coeur particulièrement médiatique.
    Et toujours comme l'arapède on attend. Si les morceaux choisis sont assez éclectiques, avec quelques originalités fortes, mais une sensibilité digne (entendez de gauche), les médias sauront vous trouver. Le temps aidant, votre immobilité, qualité suprême à leurs yeux, eux qui n'aiment guère les surprises autres que les leurs, fera office de sagesse. Officiellement estampillé "indigné de référence".
    Mais voilà, indigné c'est un statut. Une calcification. C'est l'homme d'action qui a échoué. Qui s'est momifié et crie encore à qui veut l'entendre que tout est possible. Mais pas trop fort, hein! Doucement. Dans le calme.
    Que penser du succès de son opuscule qui tient, nous laissent entendre ses zélateurs, du bouche à oreille, gage d'une transcendance qui ne devrait rien au marketing ou à l'offensive d'attachés de presse performants?
    Que les héritiers de la révolution permanente se sont couchés, prenant soin auparavant de laisser sur leur mur Facebook une trace de leur lecture?

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  4. Papy fait de la bien-pensance… (du moment qu'il ne chante pas!)

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  5. Le phénomène n'est pas tout à fait nouveau. Dans son journal (loufoque) "L'Os à moelle", Pierre DAC avait fait un article sur l'homme "con-cerné". Car, à l'époque, il fallait se sentir concerné. Par ceci, cela, c'était un devoir d'être concerné.
    Quelques années après, nous avons eu droit (et encore maintenant) aux gens "choqués". C'est fou le nombre de chocs que ressentent certains dans leur tête(je n'ai pas osé dire : cerveau)
    "Moisskimchok, c'est que..." est une expression qui a un un passé chargé et encore un bel avenir.
    Sûrement qu'après la vague des zindignés, nous aurons les zoffusqués, les zinterpellés, tous préposés à dénoncer tout ce qui bouge sans apporter la moindre solution qui vaille. Il y a tellement de belles zâmes en circulation que l'enfer doit commencer à manquer de clients.

    Duga

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  6. — J’ajouterai, monsieur, - interrompt, d’un ton dégagé, l’aspirant écrivain -, que je suis, oh! mais sans l’ombre de talent, d’une absence de talent... magistrale! Ce qu'on appelle un "crétin" dans le langage du monde. Mon seul talent, c'est d'être rompu aux arcanes des boxes anglaise et irlandaise, un peu serrées. - Quant à la Littérature, je vous le déclare, c'est pour moi lettre close et scellée de sept cachets.
    - Hein? s'écrie le directeur tremblant de joie, - vous vous prétendez sans talent littéraire, jeune présomptueux!
    - Je suis en mesure de prouver, séance tenante, mon impéritie en la matière.
    - Impossible, hélas! - Vous vous vantez!... balbutie le directeur, évidemment remué au plus secret de ses plus vieux espoirs.
    - Je suis, continue l'étranger avec un doux sourire, ce qui s'appelle un terne et suffisant grimaud, doué d'une niaiserie d'idées et d'une trivialité de style de premier ordre, une plume banale par excellence.
    - Vous? Allons donc! - Ah! si c'était vrai!

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  7. Tiens, Duga vient d'inventer le Réveille-Georges ou l'art de réveiller les morts.
    Non, non, non, Georges n'est pas mort car il pompe encore.
    Auguste de Villiers de L’Isle-Adam en l'occurrence car Georges ne cite pas ses sources. Des fois qu'on croirait que c'est de lui.
    Quelques miettes de gloriole locale, c'est toujours bon à prendre par ces temps de diète.
    "Il faut bien que l’abonné se figure qu’il lit quelque chose, vous comprenez. Et si vous saviez comme le reste, au fond, lui est égal !
    – Rassurez-vous, monsieur : c’est le copiste..."

    Du même Auguste

    Duga

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  8. Toi t'es vraiment la tache la plus indélébile du coin, hein, et elles ne sont pourtant pas en reste. Auguste te va bien, du reste, Auguste Dugaz à tous les étages…

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  9. "Dugaz à tous les étages…"
    Cela fait au moins 10 fois que vous nous la faites celle-la. On sent la fatigue, l'inspiration en berne, l'imagination à la dérive, la créativité sur le reculoir, la verve triste, la méchanceté molle. Je comprends mieux pourquoi vous en êtes réduit à pomper. J'en suis presque déçu voyez-vous.
    Une tache indélébile oui, au moins ça laisse une trace.
    Vous, vous ne laisserez qu'une odeur. Quand on sait que vous vous complaisez dans le registre caca-boudin, va falloir acheter du Febreze.
    Allez, continuez et faites-vous plaisir tout seul, ça soulage.

    Duga

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  10. Pauvre indécrottable imbécile anémique, le fait que tu puisses imaginer que je "pomperais Villiers de l'Isle-Adam" en dit mille fois plus sur toi que sur moi, évidemment. Le fait qu'on puisse seulement imaginer, même une demi-seconde, une chose pareille, nous raconte à l'envi la triste vie sans perspective de qui se sent obligé de nous livrer ses "réflexions" sur la vie et la mort et les grandes questions. Mon pauvre Duga, le fait que je ne puisse penser à toi qu'en terme de gaz prouve une chose et une seule : que tu es volatil, fétide et improductif comme une vesse irrépressible et vaguement honteuse.

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  11. « La créativité sur le reculoir » Non mais quel abruti !

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