jeudi 15 décembre 2016

Le lecteur imprudent


On m'y reprendra, à suivre les conseils littéraires des astrophysiciens ! Parce que, dans son Destin de l'univers, Jean-Pierre Luminet parlait avec faveur du Voyageur imprudent de René Barjavel, comme de l'un des premiers romans à explorer le thème du paradoxe temporel, j'ai commandé le livre. Je viens de le terminer (au triple galop), et c'est une sombre déception. La seule chose indubitable qui se dégage de cette histoire est l'ennui. Ennui au présent, avec une historiette d'amour d'une harlequinesque niaiserie, sur fond de Seconde Guerre mondiale (le roman a été écrit entre 1942 et 1943). Ennui au futur, lorsque le héros-voyageur se projette jusque vers l'an 100 000 (à quelques mois près), pour nous décrire laborieusement, pesamment, une humanité totalement métamorphosée et asservie par une sorte de “devenir-fourmi” : mutations absolument impossibles en un temps aussi court, que Barjavel tente de faire passer par l'invention d'une mystérieuse “force”, dont on ne sait trop si elle est psychique ou arrivée d'ailleurs, et qu'il tire de son chapeau faute d'avoir trouvé mieux. Ennui, enfin, au passé, dans la troisième partie du roman, lorsque nous sommes propulsés en 1890 d'abord, puis en 1793 où se déroule le fameux paradoxe temporel dit “du grand-père”, auquel l'auteur ne parvient plus à nous intéresser, après les deux cents pages mornes qu'il vient de nous infliger. Et c'est avec une certaine satisfaction teintée de sadisme que le lecteur voit s'évanouir dans le néant ce héros inter-temporel qui, de toute façon, n'avait à aucun moment réussi à exister vraiment, à peine davantage que sa fiancée désespérément falote et d'une raideur comique sous son armure de vertus domestiques. Le seul véritable paradoxe, au bout du compte, est que ce roman médiocre ait pu acquérir le prestige qui semble être, encore aujourd'hui, le sien. À moins que sa raison d'être profonde fût de prouver l'absence complète de goût littéraire chez les lecteurs de science-fiction.

64 commentaires:

  1. Le prestige ne vient-il pas, tout simplement, de l'invention du paradoxe temporel (qui pourrait tenir en trois lignes) ? Mais est-on certain qu'il en est l'inventeur ?

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    1. Il semblerait que oui, en tout cas sous sa forme romanesque. Mais l'affaire n'est pas claire…

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  2. O gué vive la rose
    Tirons la chasse
    Et passons à autre chose

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  3. Pour rester dans le sujet, je conseille chaudement la lecture des ouvrages de l'astrophysicien Trinh Xuan Thuan, dont "Le chaos et l'harmonie" et "La mélodie secrète".
    En collaboration avec Matthieu Ricard, il également publié "L'infini dans la paume de la main (Fayard, 2000).

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  4. Je ne suis donc pas la seule à vous avoir mal conseillé, ça me console ;)

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    1. Quel mauvais conseil m'avez-vous donné ?

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    2. Pas vraiment un conseil, je vous en avais parlé : Journal de Michel Ciry, vous l'avez même écrit dans votre Journal, de mars je crois.

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  5. Il est assez intéressant de noter que beaucoup d'écrivains de science-fiction notamment, mais aussi des scientifiques qui s'intéressent à l'astrophysique font fréquemment état des puissantes corrélations qu'il est possible d'établir dans ce domaine avec certaines antiques métaphysiques comme l'hindouisme et le bouddhisme.
    Par contre, les trois grands monothéismes n'ont rien à offrir sur ce plan là.
    Nous serons donc contraints de voyager sur une capsule baptisée Nirvâna pour explorer les failles de l'espace-temps...

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  6. Je ne sais plus qui faisait observer que le voyage dans le temps est forcément impossible, car s'il était faisable nous le saurions depuis toujours, vu que des hordes de touristes du futur seraient présents parmi nous depuis l'aube de l'humanité. C'était un trait d'humour, mais non dénué d'intelligence ni de perspicacité.

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    1. Les physiciens (dont je ne suis pas) vous répondront qu’une machine à voyager dans le passé ne pourrait revenir à une date antérieure à son invention.

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    2. Ça me revient : votre remarque a été faite par Stephen Hawking. Ce qui n’enlève rien à mon précédent commentaire. Voir ici.

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    3. qui vous dit qu'"ils" ne sont pas déja parmi nous ? (si ce n'était pas le cas cela serait mauvais signe car on pourrait en conclure qu'effectivement le voyage dans le temps est définitivement impossible...ou que l'humanité a disparu a court ou moyen terme, perspective hélas plus rationnelle) Bien sur leur extrème discrétion a la limite de l'invisibilité s'expliquerait aisément grace justement au paradoxes temporels tant vanté dans la fiction contemporaine

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    4. Il y a tout de même le paradoxe du voyage de Langevi, qui découle de la théorie de la relativité restreinte ( Pendant tout le voyage dands l'espace à vitesse constante, le sédentaire voit le voyageur vieillir moins vite que lui, et le voyageur voit le sédentaire vieillir plus vite que lui. Lorsqu’ils se retrouvent sur terre, on observe que celui qui a voyagé est plus jeune que celui qui est resté sur terre.)

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    5. Peut-être se montrent ils discrets!
      Tous les touristes ne se comportent pas en envahisseurs bigarrés, il y aussi que notre époque étant si filmée, photographiée, qu'ils non rien à découvrir par contre l'antiquité, le moyen âge, sur divers continents, pourquoi pas?

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    6. Alain : relisez votre premier commentaire : il ne tient pas debout.

      Andy : Évidemment, on peut s'en tirer par la "discrétion". C'est d'ailleurs là-dessus que jouait Asimov dans La Fin de l'éternité. Mais croire à cette discrétion, au sens des responsabilités, etc., c'est nier tout ce qu'on sait de notre propre nature.

      Arié : On n'est plus dans le paradoxe, là, il me semble.

      Grandpas : Et les gens de l'antiquité et du moyen âge auraient été trop bêtes pour les repérer ? Cela dit, ce sont peut-être eux qu'ils ont brûlés comme sorciers et sorcières : du coup, les touristes du futur se seraient un peu calmés…

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    7. Je répondais à "le voyage dans le temps est forcément impossible"

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    8. Mais il me semble qu'il y a une grosse différence entre voyager dans le temps et voir le temps agir différemment sur soi et sur son voisin…

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    9. J’ai relu et il tient debout : si l’on invente en l’an 2500 une machine à voyager dans le passé, les hommes d’après cette date ne pourront pas revenir en 2499 car la machine « n’existait » pas. Sauf à considérer que la machine, c’est-à-dire la porte temporelle, peut se transporter elle-même, ce qui complique les choses…
      De toute façon il y a déjà trop de touristes.

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    10. « une machine à voyager dans le passé ne pourrait revenir à une date antérieure à son invention. »

      Je persiste : ça ne tient pas debout, ni votre explication suivante non plus (ou alors je suis idiot). Ce que vous décrivez, en fait, c'est une machine à voyager non dans le temps mais seulement dans le futur, puisque vous dîtes qu'on ne pourra pas aller à une date antérieure à l'invention de la machine. Or, aller dans le futur n'a rigoureusement aucun intérêt ; en tout cas un intérêt bien moindre que dans le passé.

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    11. Non, la machine dont je parle permettrait de voyager dans le passé, mais seulement à partir de l’instant de son invention. Si elle est inventée à l’instant T, un voyageur à l’instant T+100 pourra revenir à T+50 (donc dans son passé), mais pas à T-1. Ceci dans l’hypothèse où la porte temporelle ne peut se transporter elle-même.
      N’en déduisez pas que vous êtes idiot, c’est désobligeant pour nous deux.

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    12. Cette fois je comprends ! Le problème est que, dans ce cas, cette machine n'aura aucun intérêt : pourquoi inventer un truc qui, une fois terminé, ne vous permettra de remonter le temps que d'une journée, puis de deux, puis de trois, etc. ?

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    13. Disons que c’est intéressant si vous avez oublié de fermer le gaz à l’instant T+x mais pas à l’instant T-y.

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    14. une autre théorie dans je ne sais plus quel film dit que le seul voyage dans le temps possible serait celui qui se ferait selon sa propre existence J'explicite par rapport a votre année de naissance, vous ne pourriez remonter le temps qu'au maximum 80 ans plus tot, puisque l'espérance de vie moyenne est de cet ordre la Je me demande encore pourquoi ce sujet si abordé dans les films séries américaines, l'est si peu dans la fiction francaise Notre histoire est pourtant au moins aussi riche que l'histoire américaine meme en se "contentant" de voyager maximum un siècle en arrière pour des question évidente de cohérence mais surtout de budget "oh bravo" pour qui pigera la référence

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    15. @andy
      Vous n'avez donc jamais vu le film de Christian-Jaque intitulé : François Ier ? Mais peut-être vous faudrait-il maintenant le concours d'une machine à remonter le temps puisqu'il est sorti en 1937 !

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  7. Qu'il vous faille 200 pages pour vous apercevoir que vous avez un mauvais livre (ou ennuyeux, ce qui revient au même) entre les mains, vous le lecteur averti, voilà qui est étonnant.

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    1. Je m'en suis aperçu plus vite que ça. Mais j'ai voulu lui laisser une chance…

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  8. Ce type de voyage relève en effet plutôt de la bande dessinée !
    Néanmoins, nous voyageons déjà dans l'espace-temps par la pensée, jusqu'à ce que les physiciens mettent au point le moteur quantique. Mais le Jazzman pourrait peut-être nous éclairer à cet égard...

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    1. Oui mais, par la pensée, c'est trop facile !

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    2. Je pourrais, mais mon âme de musicien m'interdit de pisser dans un violon.

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  9. Barjavel a toujours été considéré par les amateurs de science fiction (dont je suis ou du moins dont je fus) comme un laborieux tâcheron. Evitez également "Ravage" (avec ou sans s ?). Il n'est évidemment pas "l'inventeur" du paradoxe du grand père exploité bien plus astucieusement bien avant lui par certains auteurs étrangers (américains notamment). Lisez plutôt Spinrad, Sturgeon, Asimov, Galouye, Sheckley, Boyd, Simak ou Bester.

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    1. Tâcheron est tout à fait le mot qui convient, en effet. Sinon, ayant eu, dans ma vie passée, de brèves périodes science-fictionesques, je connais un certain nombre des auteurs que vous citez ; qui, en effet, si je me fie à mon souvenir d'eux, valent nettement mieux que René…

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    2. Etant aussi grande amatrice de SF, je ne peux que confirmer ce jugement.
      Ah! Maître Goux, vous êtes quand même le plus cool des blogueurs !

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    3. Et me voilà "cool" maintenant ! On m'aura vraiment tout fait, ici…

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    4. Disons que vous êtes un blogueur moderne.

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    5. Je serais donc la seule à le trouver scrogneugneu ?

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  10. @ Didier Goux

    Bien d'accord avec votre "Or, aller dans le futur n'a rigoureusement aucun intérêt ; en tout cas un intérêt bien moindre que dans le passé.: dans le futur, nous serions projetés dans un monde auquel nous ne comprendrions rien; imaginez Clovis projeté aujourd'hui à Paris...

    Et c'est pourquoi je trouve que votre argument selon lequel " le voyage dans le temps est forcément impossible, car s'il était faisable nous le saurions depuis toujours, vu que des hordes de touristes du futur seraient présents parmi nous" ne tient pas la route : des gens du utur, ayant quelques notions d' Histoire, ne choisiraient sans doute pas notre poque, qui ne me semble pas très enthousiasmante.

    Par contre, je donnerais cher pour passer 2 ou 3 jours dans la Babylone d' Hammourabi, la Rome de Jules César, l' Athènes de Périclès ( en assistant si possible à une séance d'ostracisme), le palais des Médicis ou des Borgia, le Paris sous la Terreur...et même, tout simplement, le Paris juste avant Haussmann.

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    1. Votre argument ne tient pas la route. Pour les gens du XXVIe siècle, mettons, la vie à la fin du XXe présentera forcément un intérêt énorme, simplement du fait de son éloignement. Sinon, je pense que toutes les époques auxquelles vous faites allusion ont dû paraître "peu enthousiasmantes" pour ceux qui s'y trouvaient plongés. Songez par exemple à l'ébahissement d'un Flaubert s'il apprenait que vous avez très envie d'aller jeter un coup d'œil au Paris de son époque, époque qui lui semblait àlui révoltante d'imbécilité.

      Et puisque nous en sommes à parler de Flaubert, pensez aussi à saint Polycarpe qui, à la croisée des Ier et IIe siècles passaient son temps à gémir : « Mon Dieu, dans quelle époque m'avez-vous fait naître ? » Lui aussi serait sûrement très surpris que l'on puisse avoir envie de remonter le temps pour la visiter, sa maudite époque.

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    2. Sur le thème du rapport de notre esprit avec la notion de réalité, je vous invite aussi à découvrir l'article que je viens de rédiger sur mon blog :
      http:seuilcritique.blogspot.ch

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    3. Oh, notre époque n'est pas "maudite" : mais nous vivons un changement de monde, et je suppose que les gens du futur seront intéressés soit par le monde d'avant, soit par le monde d'après, mais pas par notre entre-deux.

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    4. Barbara : votre lien.

      Élie : vous allez finir par penser que je vous contredis pour le plaisir, mais il me semble que, pour un historien, les périodes charnières doivent être les plus intéressantes. Ou, en tout cas, aussi intéressantes que les autres, même si pour des raisons différentes.

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    5. Merci, mais désolée il ne marche pas.
      En attendant on peut faire le mien avec Ctrl C puis Ctrl V dans la ligne d'adresse du navigateur. A la bonne franquette.

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    6. Les époques charnières sont certainement très intéressantes, mais pas entre une époque inintéressante et une époque plus inintéressante encore.

      Apparemment, les Athéniens du Ve s. n'étaient pas trop dégoûtés de leur époque. Les Français du XVIIe non plus. Il y a eu aussi pas mal d'époques où l'on ne songeait même pas être "à une époque", et c'était probablement les meilleures.

      Quid de Wells ? Son Time Machine a un certain charme, dans le genre.

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    7. Mon lien marche très bien, Madame !

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  11. Mon Cher, lisez donc "les univers chiffonnés" de Monsieur Luminet et le "multivers" va vous décoiffer. L'approche théorique est surprenante , reste encore à la vérifier... Inutile de l'acquérir, je l'ai à votre disposition.
    Pluton microvers

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    1. Bonne nouvelle ! Je mets une option…

      Didier G., trou de verre

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  12. On me dit dans l'oreillette qu'il faut lire : "Bilan de l'Histoire" "une histoire universelle écrite au lendemain de la Seconde guerre mondiale par un immense historien : René Grousset"
    Comme c'est Zemmour qui le dit, j'ai tendance à le croire.
    Grousset serait, paraît-il, un adepte de la "théorie des grands siècles" : chaque nation incarne successivement l'esprit du temps et donne alors ce qu'elle a de meilleur. Puis passe le relai à d'autres, quand le temps de déclin est venu. La France a eu le privilège d'avoir deux grands siècles : le XIIIe et le XVIIe.
    Et pour ce qui est de notre présent mais qui était le futur de Grousset, voici ce qu'il écrivait :
    "Tous les peuples désormais se touchent... des peuples que nous venons de voir séparés par des abîmes psychologiques et culturels devront vivre en étroite symbiose, cohabiter dans une maison commune aux parois soudain resserrées, aux cloisons abattues."
    L'enfer, quoi !

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    1. Grousset est l'auteur d'une volumineuse et remarquable Histoire des croisades, que je me permets de recommander. Voir ici, par exemple.

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  13. Le voyage dans le temps a été inventé il y a près d'un demi siècle.

    Le premier voyage dans le passé à ridiculisé les historiens.

    Le second, vers le futur, à fait de même pour tous les sociologues, économiste, écologistes et autres professions dont certains membres prétendait prévoir ou prédire.

    Sous la pression de tous ceux là, la machine fut détruite, et l'expérience oubliée.

    Hartman

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  14. " chaque nation incarne successivement l'esprit du temps et donne alors ce qu'elle a de meilleur. Puis passe le relai à d'autres, quand le temps de déclin est venu. La France a eu le privilège d'avoir deux grands siècles : le XIIIe et le XVIIe."

    La période peut vous déplaire politiquement et idéologiquement, mais la Révolution Française a eu un grand écho dans le monde, et la Marseillaise a longtemps été le chant de tous ceux qui voulaient se libérer de ce qu'ils considéraient comme des dictatures.
    Comme l'écrit de Gaulle dans ses mémoires ( que je cite de...mémoire) : la France n'a été grande que lorsqu'elle s'est adressée au monde entier.

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  15. @Elie Arié
    C'est bien à vous de faire l'apologie de la Révolution Française qui a commis "Le Génocide franco-français", titre de l'ouvrage de Raynald Secher, traitant du génocide vendéen (1793-1794), dont Pierre Chaunu dit dans son avant-propos du livre de Secher : "Nous n'avons jamais eu l'ordre écrit de Hitler concernant le génocide juif, nous possédons ceux de Barrère et de Carnot relatifs à la Vendée."

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_G%C3%A9nocide_franco-fran%C3%A7ais#Juifs_et_Vend.C3.A9ens_:_d.27un_g.C3.A9nocide_.C3.A0_l.27autre.2C_la_manipulation_de_la_m.C3.A9moire_.281991.29

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    1. Je ne fais pas ici l'apologie de la Révolution Française ( même si je suis très sensible à l' esprit des Lumières), mais je constate qu'aujourd'hui encore, c'est le premier titre de gloire de la France lorsqu'on en parle à l'étranger.
      Pus intéressant, votre "C'est bien à vous", et votre tendance pénible -mais qui en dit tellement long sur vous- à ramener souvent mes propos à mes origines juives (dont je n'ai personnellement rien à cirer.)

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    2. Eh bien, disons que contrairement à vous, je garde le souvenir de récits concernant bien des personnages qui devaient être "très sensibles à l'esprit des Lumières" aussi, et qui sans doute n'en avaient "rien à cirer" de leurs origines juives non plus, qui ont néanmoins terminé dans des fours.

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    3. @ Mildred

      Et alors ? J'ai aussi une partie de ma famille (la génération d'avant la mienne ) qui a fini dans les fours; mais on ne se sent pas rattaché à un ensemble ou à une culture par ce que d'autres lui font subir, mais par ce qu'elle produit; et le judaïsme (auquel je ne connais rien, (c'est peut-être un tort, mais on ne peut pas essayer de tout connaître) ne m'intéresse pas plus que l'hindouisme (qui est peut-être passionnant.)

      Et vous, vous ne vous sentez française que depuis que Daech recommande à ses combattants de s'en prendre particulièrement aux Français, et que vous risquez d'en être victime un jour même si vous n'êtes pas une habituée du Bataclan ? Avant cela, vous ne vous sentiez pas française ?

      Ne croyant pas en Dieu, je n'appréhende les religions que comme des systèmes idéologiques et politiques de pouvoir sur la société; et, à cet égard, il me semble que le judaïsme n'a rien produit de très intéressant , à part le sionisme, qui me semble un concept assez pauvre ( je dis bien le judaïsme, pas certains juifs.)

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  16. Le voyage dans le temps est une impossibilité absolue, ce qui saute aux yeux dès qu'on y réfléchit un peu, aidé par Bergson par exemple. Lequel explique très bien que nous avons une vision spatialisée du temps, donc une vision totalement fausse de celui-ci. En gros : ce n'est que dans l'espace que l'on peut se déplacer en avant ou en arrière, un tel mouvement n'a aucun sens concernant le temps, puisque le futur n'existe pas encore et que le passé n'existe plus. On ne peut pas se déplacer dans le néant.

    C'est bien sûr l'habitude de mesurer le temps (sur une montre par exemple) qui nous trompe, car on ne mesure que de l'espace ; ici, la distance parcourue par l'aiguille sur le cadran. On ne peut compter le temps, car chaque instant chasse le précédent, qui tombe dans le néant. Si l'instant 1 a disparu quand on arrive à l'instant 2, il faut dire que l'instant 2 est en fait l'instant 1. Dans l'espace on peut compter, car les douze degrés du cadran existent simultanément (le 1 est toujours là quand on arrive au 2, raison pour laquelle c'est le 2, précisément).

    Bon, c'est résumé, mais cela suffit à me faire penser que le voyage dans le temps est une escroquerie intellectuelle totale. D'ailleurs on ne peut être que "dans" l'espace, le mot "dans" indiquant une position entre deux limites, ce qui est la définition de l'espace.

    C'est bien beau de lire des romans,les gars, mais la philosophie peut aussi se montrer utile !

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    1. Ouais, bof : il enfile un peu des lieux communs, votre Bergson (je le croyais d'ailleurs totalement démonétisé, celui-là : on m'aura mal renseigné, probable…). Si j'ai envie de m'intéresser au temps, je préfère aller voir du côté de chez Albert. Enfin, soyons modeste : du côté des gens qui sont capables de le mettre à ma faible portée.

      Et quand j'en aurai assez d'Einstein, si je veux rester dans le temps, je filerai du côté de chez Proust, et toujours chez votre philosophe salonnard. Ni aucun autre, du reste.

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    2. Ne dites pas du mal de Bergson, Didier, c'était LE philosophe étudié dans les pensionnats de jeunes filles des années 50, et aussi Jacques Maritain avec sa femme Raïssa... A une époque où il fallait impérativement citer Nietzsche pour avoir une note correcte au bac, on nous interdisait de le lire !

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    3. N'allez pas trop vite, et ne négligez pas que Bergson est aussi un grand écrivain.

      L'analyse que j'ai résumée a des conséquences majeures, notamment sur le problème de la liberté. Et puis, si la littérature suffisait, croyez-vous qu'il y aurait des savants, des philosophes et même des sociologues (il y en a de bons) ?

      Bergson eut du succès, c'est pour cela qu'on l'a détesté, et aussi parce qu'il était catho-compatible et antimatérialiste. Mais salonnard, non, je ne crois pas.

      Quel étrange rejet de la philosophie, quand même ! N'y aurait-il pas là un réflexe de sauvegarde ? Parce que vous n'auriez pas beaucoup lu ces gens-là, et qu'à votre âge (pas si canonique pourtant) vous ne voulez pas vous dire qu'il faudrait en passer par là pour être un homme accompli ? Eh bien justement, relevez le défi !

      Maintenant, d'accord avec vous sur l'intérêt de la littérature, mais les trente pages que j'ai lues de Proust, parce que je me suis dit qu'il ne fallait mourir idiot, ne m'ont pas pleinement convaincu.

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    4. Ici quelques éléments de réponse. On remarquera qu’à la 13e minute, Thibault Damour explique presque aussi bien que moi ce que je dis plus haut.

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    5. Voyage dans le temps impossible ? Pourtant il suffit de lever les yeux vers le ciel pour contempler le passé...!

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    6. "Le voyage dans le temps est une impossibilité absolue." Vous voulez dire que les migrants du futur ne viendront jamais nous enrichir avec leurs différences ?

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    7. Ne pas faire la différence entre voyageur dans le passé et pouvoir le contempler, c'est prendre une soirée diapos pour un exploit de baroudeur.

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    8. À Marco Polo : Bergson, un grand écrivain ? Ça ne m'a pas frappé, les deux ou trois fois où je suis tombé sur quelques pages de lui !

      Votre question suivante est vraiment très étrange : qui a dit que les écrivains suffisaient à tout ? Et même si c'était le cas, pourquoi cela empêcherait-il certains d'aller voir ailleurs ?

      Pour le reste, vous avez raison en partie : je n'ai jamais beaucoup lu les philosophes (mais tout de même quelques-uns…), trop souvent rebuté par le langage dans lequel beaucoup s'expriment et qui m'empêchait d'entrer réellement chez eux. De là à parler de "sauvegarde", vous charriez : je ne me sens menacé en rien et supporte vaillamment de ne jamais être un "homme accompli".

      Enfin, si vous pouvez vous étonner sérieusement que Proust ne vous ait pas "convaincu" (convaincu de quoi, d'ailleurs ?) après 30 pages d'un livre qui en compte 3000, je crois que, en effet, vous avez bien fait d'en rester là ; tout comme je le fais avec votre philosophie.

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  17. Voici ce que je relève sur la fiche Wikipédia du "philosophe salonnard" Henri Bergson :

    "Il s'exprime ainsi en 1937 : « Mes réflexions m’ont amené de plus en plus près du catholicisme, où je vois l’achèvement complet du judaïsme. Je me serais converti, si je n’avais vu se préparer depuis des années (en grande partie, hélas ! par la faute d’un certain nombre de Juifs entièrement dépourvus de sens moral) la formidable vague d’antisémitisme qui va déferler sur le monde. J’ai voulu rester parmi ceux qui seront demain des persécutés. Mais j’espère qu’un prêtre catholique voudra bien, si le cardinal-archevêque de Paris l’y autorise, venir dire des prières à mes obsèques. Au cas où cette autorisation ne serait pas accordée, il faudrait s’adresser à un rabbin, mais sans lui cacher et sans cacher à personne mon adhésion morale au catholicisme, ainsi que le désir exprimé par moi d’abord d’avoir les prières d’un prêtre catholique. »
    Il meurt le 4 janvier 1941 à 81 ans. À la suite de sa demande, un prêtre catholique officie à son enterrement. Henri Bergson repose au cimetière de Garches, dans les Hauts-de-Seine."

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