vendredi 20 janvier 2017

Bernard-Henri et moi

Bernard-Henri Lévy tentant de se faire la tête d'Élie Wiesel.

Comme je m'y attendais plus ou moins, mon dernier billet a provoqué une sorte de mini-bronca chez certains de mes commentateurs habituels, qui ont trouvé que j'avais fait preuve, envers Bernard-Henri Lévy, d'une excessive bienveillance. Voici, par exemple, ce que m'écrivait avant-hier, dans un himmel, l'excellent Jacques Aboucaya : « Si les lettres houellebecquiennes présentent un intérêt certain parce qu'elles respirent, si je puis dire, le “premier degré”, celles de son interlocuteur me semblent beaucoup plus fabriquées, artificielles. J'ai eu l'impression qu'il adoptait une posture, ce qui est bien dans la manière d'un personnage pour lequel je vous trouve plutôt mansuet...  » Cela étant, juste après ces lignes, leur auteur précisait qu'une nouvelle lecture d'Ennemis publics ne serait sans doute pas superflue, pour, peut-être, nuancer voire contredire son impression initiale. D'autres honorables correspondants se montraient moins amènes, affublant le sieur Lévy des épithètes malsonnantes qu'on lui accole généralement ; et, du même coup, daubaient un peu sur mon compte, moi le gogo qui m'étais laissé prendre dans les rets d'un escroc de cette envergure.

Ils ont peut-être raison ; et je sais bien, depuis fort longtemps, à quel point il convient de mépriser le personnage, ou au moins d'afficher hautement ce mépris commun. Je noterai, de façon liminaire, qu'il est tout de même curieux de voir tant de gens se préoccuper si fort et si régulièrement d'un individu dont ils professent à grand bruit la complète inexistence. Cela écrit, il me faut confesser une chose : je n'ai jamais lu le moindre livre de Bernard-Henri Lévy ; ni même un chapitre d'aucun ; pas le moindre petit paragraphe. Je ne l'ai jamais non plus écouté ni regardé lorsqu'il passe à la télévision, ou alors deux minutes, le temps d'un zappage express. Tout au plus ai-je dû lire une douzaine des Bloc-note qu'il publie chaque semaine dans Le Point : aucun ne m'a jamais soulevé d'enthousiasme, mais je n'y ai pas trouvé non plus matière à détestation de leur signataire. En résumé, je puis dire que je ne connais pas Bernard-Henri Lévy et que, de ce fait, je n'ai aucune prévention contre lui : c'est à peu près dans cet esprit que j'ai abordé la lecture de sa correspondance croisée avec Michel Houellebecq.

Je dis “à peu près” car, tout de même, les deux épistoliers n'étaient pas égaux sur la ligne de départ ; d'abord parce que je connais assez bien et aime beaucoup l'œuvre de Houellebecq, ainsi que l'homme qu'il semble être ; ensuite parce que, malgré tout, les flots d'injures déversés sur la tête de Lévy depuis plusieurs décennies étaient parvenues jusqu'à mes oreilles et avaient bien sûr tendance à m'influencer  au détriment de l'écrivain. Ce sont d'ailleurs elles, ces injures, qui, par une sorte d'effet de retour, m'ont fait éprouver une agréable surprise en découvrant ses lettres. Bien sûr – et je l'ai dit dans mon billet précédent –, M. Aboucaya n'a pas tort lorsqu'il note que Lévy ne peut s'abstenir d'une certaine esbroufe, de prendre la pose ; mais il m'a semblé, à moi, que cette tendance à ne jamais se défaire de son armure, à toujours se considérer comme sa propre statue et, donc, à refuser de se risquer au bas de son cheval ni de son socle, tout cela faisait partie de lui, intimement ; et que, par conséquent, c'est peut-être en jouant le jeu du naturel et du “sans façon” qu'il serait devenu artificiel. 

Au fond, la seule chose que je pourrais reprocher à Bernard-Henri Lévy – mais elle est essentielle à mes yeux –, c'est que ses lettres à Michel Houellebecq ne m'ont à aucun moment donné envie d'ouvrir l'un ou l'autre de ses livres. Ce qui revient, finalement, à me montrer nettement plus implacable que tous ses détracteurs habituels, ma sentence n'étant rien d'autre, à ma minuscule échelle, qu'un arrêt de mort.

61 commentaires:

  1. tant de gens se préoccuper si fort et si régulièrement d'un individu dont ils professent à grand bruit la complète inexistence.

    Mais c'est qu'il met beaucoup d'ardeur à prouver le contraire !
    Sinon on évitera la répétition dans le dernier paragraphe...:)

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    1. Finalement même si le mot ne se répète pas dans une même phrase.

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  2. Bonjour Monsieur Goux :
    La légende sous la photo est absolument géniale !

    (Bon c'est pas tout, il faut maintenant que je lise votre billet ....)

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  3. Ah mais... si vous n'avez pas lu une ligne de BHL, il ne faut pas rester dans l'ignorance...

    Un extrait de son dernier bouquin "L’Esprit du judaïsme" (Grasset 2016) à propos de Fabius et de l'affaire du sang contaminé :

    " ... ce « petit camarade », comme on disait encore à l’École normale de la fin des années soixante : de tous ceux de son espèce, de tous les ambitieux qui considéraient l’École comme une académie, non de la Révolution, mais du Pouvoir, il était assurément le plus prometteur ; nul d’entre nous ne s’étonnera d’ailleurs, un peu plus tard, de ses premiers pas d’Éliacin jeté aux loups, triomphant d’eux et devenant le plus jeune Premier ministre de la République ; jusqu’à ce qu’une obscure affaire de sang contaminé où il est difficile de ne pas voir la resucée des accusations de crime rituel qui furent l’un des grands classiques de l’antisémitisme traditionnel, ne vienne lui brûler les ailes à petit feu. Toujours l’ »idéologie française »… Toujours cette presque infranchissable « exception française » dès lors que vient en jeu un nom juif… "

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  4. Ce qu'il faut savoir de BHL, me semble-t-il, c'est que plus que dans ses ouvrages, c'est dans sa propre vie qu'il entend imprimer toute sa créativité. C'est en cela que réside son originalité : il met constamment sa propre vie en scène à la manière d'un metteur en scène maniaque.
    Tout le contraire des obscurs diaristes qui oeuvrent dans l'ombre et la modestie, à l'instar de celle-ci : http://seuilcritique.blogspot.ch/.

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  5. Après l'avoir regardé sur cette photo, l'"arrêt de mort" semble être un minimum !

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  6. Z'avez qu'à être de gauche. Nous, au moins, on ne peut blairer aucun des deux.

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    1. Je vous signale aimablement que Lévy EST de gauche…

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    2. Ce n'est pas pour ça qu'on l'aime bien.

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    3. Vous ne l'aimez pas parce que, en fait, vous êtes désormais de droite.

      (Mais, comme les cocus du répertoire, vous serez le dernier à le savoir.)

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    4. Mais je me fous d'être de droite et de gauche. La question n'est pas de savoir si JE l'aime mais si les types officiellement de gauche l'aime. La réponse est : non.

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    5. Pour redevenir un peu sérieux, je crois qu'en effet la haine envers lui est "transpartisane", comme on dit. De ce point de vue, il est une sorte de bouquet missaire, puisqu'il parvient à réconcilier sur son dos les pires adversaires.

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    6. "Bouquet missaire": merci pour la référence à Jawad, futur grand épistolier de notre siècle.

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  7. Moi, plus que de savoir si on doit l'aimer ou pas, je m'interroge sur sa véritable influence lui que l'on voit partout : en Libye jouant des coudes pour être sur la photo aux côtés de Sarkozy, en Ukraine se donnant des airs de révolutionnaire, s'épanchant sur tous les plateaux télé y compris ceux d'outre-Atlantique, avec toujours la même obsession comme relevé par Alain Bar : traquer l'antisémite jusque dans les chiottes

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  8. BHL fait partie de ces rares écrivains dont la plupart des admirateurs (car il en existe) n'ont pas lu un seul livre.

    Il doit cela à un extraordinaire travail de mise en scène de lui-même...avec quelques ratés célèbres, comme celui-ci :

    http://mai68.org/spip/spip.php?article6973

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  9. BHL m'intéresse parce qu'il est le summum de l'imposture. Pour argument principal, je donne ici le lien vers le dossier d'une vieille affaire intellectuelle (1979) : la critique féroce d'un livre célèbre de BHL par Pierre Vidal-Naquet. Le dossier comprend en outre une réponse de BHL, une autre de Vidal-Naquet et une analyse de Castoriadis. Ceux qui auront le courage d'aller au bout auront, je crois, une idée précise de ce qu'est foncièrement ce pitre criminel.

    http://www.pierre-vidal-naquet.net/spip.php?article49

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  10. Comme le dit Vidal-Naquet, dans l'excellent article signalé par BR :

    "Le véritable problème n’est donc pas de « critiquer » le livre de Bernard-Henri Lévy, car il est en deçà de toute critique."

    Ce monsieur est une imposture, un mondain comme il y en a à toutes les époques et qui tombera dans les oubliettes, comme d'autres avant lui.
    Il y aura peut-être toujours un curieux pour exhumer son nom, histoire de rire un peu.
    Comme on sourit aujourdhui des attitudes pleines d'affectation et ridicules d'un Robert de Montesquiou.

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    1. "Comme le dit Vidal-Naquet, dans l'excellent article signalé par BR"
      Et voilà comme on se fait spolier de ses trouvailles !

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    2. Que voulez-vous : les femmes sont ingrates par nature…

      (En outre, même quand elles ne l'avouent pas, elles aiment les liens…)

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    3. A ce propos, quelqu'un pourrait-il avoir la bonté de nous expliquer à nouveau, comment faire un lien ? Oui je sais, on nous l'a déjà expliqué cent fois, mais peut-être que la cent unième sera la bonne ? On peut toujours rêver !

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    4. Je viens de lire les trois textes judicieusement proposés PAR MARCO POLO : en effet, c'est franchement Arènes sanglantes

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    5. Tant que durera l'orientation de l'époque actuelle, je vous demande de revoir la majorité des synergies évidentes à long terme.

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    6. Je viens de les lire aussi : très instructif !
      Mais de Botul on peut s'attendre à tout.
      Je note une interrogation dans ces textes qui est aussi la mienne : comment trouve-t-il encore des éditeurs ?

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    7. Pour en revenir à votre billet précédent, c'est aussi pour cela que je rechigne à les lire ces correspondances et que je me demande ce qu'est allé faire MH dans cette galère.

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    8. Vous êtes naïf ou vous faites juste semblant ? Lévy fait la pluie et le beau temps dans la moitié de l'édition parisienne (pour l'autre moitié, c'est Sollers…) et, de plus, il atteint presque toujours des chiffres de vente fort coquets : comment pourrait-il NE PAS trouver d'éditeur ?

      Quant à la "galère" de Houellebecq, elle a d'abord dû entraîner un à-valoir bien joufflu, et, ensuite, lui permettre de dire ou de préciser certaines choses sous une forme nouvelle pour lui.

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    9. et, de plus, il atteint presque toujours des chiffres de vente fort coquets :

      Je n'en suis pas si sûr.

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    10. A propos d'Elie Wiesel à qui vous faites allusion, le Monsieur vient de donner son nom à feu le square du Temple.

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    11. @ BR
      Merci ! Je comprends pourquoi j'ai eu tant de mal jusqu'ici. Je crois que je vais attendre la visite de mon gourou informatique pour continuer !

      @ Marco Polo
      Merci pour le lien ! Je viens de lire aussi. Si je m'appelais Didier Goux, séance tenante je virerais ce faussaire de mon blog, pour ne pas lui servir de caution le moins que ce soit !

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    12. @ Fredi M de 14:23
      Oula, oula ! Si en plus, ses dents pourrissent et ses doigts se déforment, il ne sera plus bancable du tout !

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  11. Réponses
    1. Ah c'est malin, je suis obligé d'effacer mon historique maintenant. Si ma femme voit ça...

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    2. Pfff… facile ! Un lien vers une vidéo vraiment bandante, en voilà un

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    3. En effet, cette jeune personne a des arguments. En plus, elle n'a pas l'air malhabile de ses doigts…

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    4. Joie ! Je découvre qu’elle a une main de libre !

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    5. Et en plus c'est la main droite !

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  12. Je ne reconnais nulle part BHL, dans le lien de Jégou.

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  13. Ayant lu sur le blog de Richard Millet que Houellebecq avait été invité sur France2 et qu'il n'avait rien dit, je suis allée y voir. Ce n'est pas vrai : il dit des choses, entre autres qu'il aimait bien Sarkozy. Damned !
    C'est ici à partir de 31:37 :

    http://www.francetvinfo.fr/replay-jt/france-2/20-heures/jt-de-20h-du-mardi-17-janvier-2017_2011457.html

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  14. Chère Mildred, j'essaye encore :

    1- Copier cette phrase dans un fichier txt ou autre (word, ce que vous voulez...) afin de la conserver pour de prochaines fois, en remplaçant les # par des < (si je mets directement des < dans la phrase il va afficher le lien directement lors de la publication de mon commentaire, mais pas la phrase) :
    #b>#a href="URL">TITRE#/a>#/b>

    A noter que le #b> de début et le #/b> de fin (en remplaçant toujours # par <) servent à afficher le lien en caractère gras.Ce n'est donc pas strictement nécessaire.

    2- Remplacer URL par votre lien : http://www.francetvinfo.fr/replay-jt/france-2/20-heures/jt-de-20h-du-mardi-17-janvier-2017_2011457.html en gardant bien les guillements

    3- Remplacer TITRE par le titre que vous voulez donner à votre lien, par exemple : Interview d'un imposteur

    4- cela donne :
    Interview d'un imposteur

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    1. Il apparaît clairement que :
      1 : Houellebecq devrait se contenter d’écrire.
      2 : Pujadas devrait se contenter de se taire.

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    2. J'ai essayé de bien tout faire et ça m'a dit : Impossible d'accepter votre texte HTML : La balise n'est pas refermée.:A

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    3. On trouve tout ça chez Didier Goux
      Et dans le même billet une explication des problèmes des littéraires avec les formules...

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    4. Et oui : tout à la fin il fallait conclure par la balise fermante. C'est tout ce que je peux faire pour vous.

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    5. C'est qu'il doit manquer un <, un / ou un >

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    6. Mildred, ne retapez pas le code, faites un copié-collé, puis remplacez ce qui doit l'être : nom du lien et adresse.

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    7. @ Jazzmann : tout le monde n'a pas votre aisance pour, tel le sage errant, semer ses paraboles sur le blog de ses contemporains. Ce qui vous évite à l'évidence bien des tracas domestiques en termes d'attaches flottantes ou de liens dérivés...

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  15. " (En outre, même quand elles ne l'avouent pas, elles aiment les liens…)"

    Quelle perfidie ! MDR !

    Voilà qui égaie mon dimanche ;)

    @Marco Polo : je ne vous ai pas spolié du tout, mais comme j'ai pu joindre le lien de ce monsieur BR (drôle de nom) je me suis ensuite un peu mélangée les pinceaux.

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    1. Chère Ariane, pourquoi serais-je absolument un monsieur ?

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    2. Ah oui, tiens ! Pourquoi un homme ?

      C'est une impression, mais peut-être me trompe-je, je trouve cette page plutôt virile. On n'y voit guère de ces affèteries propres aux femmes, genre bisous et douce journée ;)

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    3. Ceci dit vous aviez bien deviné... ah, l'intuition féminine...

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  16. Je viens de terminer (finir? achever?) le Chef d'Oeuvre.

    Bizarrement, j'ai apprécié. Et j'en retiendrai la leçon suivante : "A quoi bon?"

    N'étant (heureusement) pas critique littéraire, je m'arrêterai là.

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    1. Pourquoi bizarrement ?

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    2. Référence codée au roman dont il est question…

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