samedi 30 décembre 2017

Chang, le petit Chinois, et le sabir de France


Je n'ai nullement l'intention de perdre mon temps à ferrailler à propos de cette polémique stupide, qui a au moins le mérite d'occuper l'esprit en surchauffe de nos amis progressistes en attendant leur réveillon citoyen. Vous trouverez cette navrante historiette un peu partout, et notamment ici. Mais, justement, restez donc un peu sur cet article d'Atlantico, plus précisément sur son sous-titre, parfois appelé “chapeau”. Pour ceux qui ont la flemme de s'y reporter, il dit ceci :

Jugée raciste, elle est distribuée aux maternelles d'Aubervilliers.

On ne chipotera pas sur le fait qu'il est impossible de distribuer une comptine à une maternelle, alors qu'il est si simple de la distribuer dans une maternelle ou encore aux enfants des maternelles. C'est sans importance, dans la mesure où c'est toute la construction de la phrase, pourtant courte, qui est viciée. Telle qu'elle est écrite, elle signifie exactement ceci : « Cette comptine ayant été jugée raciste, elle a donc été distribuée dans les maternelles. » L'apposition de “jugée raciste” montre clairement une relation de cause à effet : c'est parce que la comptine a été jugée raciste qu'on s'est décidé à la distribuer ; le racisme de l'immonde comptine a été l'élément déterminant, le facteur déclenchant de l'opération distributive. On doute que ce soit ce qu'Atlantico ait voulu dire. C'est d'autant plus sot qu'il était très facile d'énoncer clairement ce qu'il y avait à dire ; il suffisait d'intervertir les deux propositions en conservant exactement la même structure :

Distribuée aux maternelles d'Aubervilliers, elle est jugée raciste.

Le plus déprimant de l'affaire, et le moins inattendu, n'est pas que les soutiers d'Atlantico se soient pris les pieds dans le tapis syntaxique : ils le font tous les jours, avec une constance qui force le respect ; c'est que nous sommes, j'en ai la certitude, de moins en moins nombreux à sursauter à ce genre de bévue que, voilà quelques décennies, n'aurait pas commise un élève des collèges même de niveau moyen. Et, bientôt, nous aurons totalement disparu. Heureusement, les antiracistes sourcilleux seront toujours là. Pour Chang le petit Chinois, je suis moins sûr.

21 commentaires:

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    1. Sans doute parce qu'ils sont fabriqués en Asie par des niacoués de six ans et demi…

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  2. Bof! Les Chinois emmerdent les "BaiZuo" à pied, à cheval et en voiture.

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    1. Excellent ! Merci de m'avoir appris un nouveau mot (difficile à placer dans une conversation courante cependant).

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  3. J'en ai une autre à votre service :
    "Le vrai Chinois vit en Chine
    Il mange du riz
    D'où l'expression
    Rire jaune"
    Mais je ne sais plus d'où je la tiens. Sans doute encore d'un de ces racistes impénitents qui continuent à sévir chez nous contre vents et marées !

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    1. Le riz jaune c'est du riz au safran. Ce qui n'est pas la même chose que le riz au céfran.

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  4. "…c'est que nous sommes, j'en ai la certitude, de moins en moins nombreux à sursauter à ce genre de bévue ". Ça c'est certain, tout le monde s'en fiche royalement. Et si vous en faites la remarque et mettez un point d'honneur à rectifier la faute, vous passez dorénavant pour une personne "vieille France" ringarde et rigide.

    Aujourd'hui, parler correctement le français en employant les bons mots avec leur juste sens fait de vous un être à part. On vous regarde un peu de travers, vous passez vite pour quelqu'un au langage recherché, un peu spécial sur les bords, alors que vous utilisez des termes qui vous paraissent, à vous, tout ce qu'il y a de plus courants et banals ! Seulement le mot juste au bon endroit. Pire : en face, l'interlocuteur ne vous comprend plus ! Ou se méprend sur le sens exact des termes. D'où incompréhension, quiproquos, malentendus, et comme maintenant tout le monde s'énerve au quart de tour et réfléchit (quand on réfléchit) ensuite...

    C'est simple, j'en ai pris mon parti, j'évite de parler à toute personne que je ne connais pas très, très bien. Je ne dis plus rien, je n'ouvre plus la bouche, si ce n'est bonjour/bonsoir et oui/non, car je n'ai plus rien à dire à des individus qui ne comprennent plus le français. Trop risqué. On en arrive là.

    Par exemple, dans le genre "mots inconnus" auprès de personnes âgées de vingt à trente ans, situations vécues (et qui n'ont pas trop porté à conséquence):
    - De l'ouate : dans un supermarché pendant les vacances le rayon en question est vide, je demande donc à une employée qui est là s'il n'y a vraiment plus d'ouate... Elle a dû me prendre pour une étrangère, croire que je parlais une autre langue. Elle me regardait d'un air complètement interdit et interrogatif, moi je ne comprenais pas d'où venait le problème. "De l'ouate ?" qu'elle a répété... Ben oui, du coton hydrophile si elle préfère. "Ah, c'est ça ?!"... À partir de là ses liaisons nerveuses se sont remises en route.
    - Pignon : le pignon d’une maison, d’un immeuble… « Un quoi ?! Un pignon ? C’est quoi ça, un pignon ? »
    - Noix : les fruits du noyer en premier lieu, même s’il en existe d’autres. Sur un marché d’automne-hiver, à une jeune vendeuse occasionnelle le week-end, étudiante la semaine, qui écoule des pommes, je demande si elle à des noix, comme c’est parfois le cas, pas toujours, à cet étalage. « Des nouah ? Mais comment ça des noix, qu’est-ce que vous appelez des noix ? » Il a fallu que je lui explique… ce qu’était des noix. J’ai pensé : encore une petite élevée hors-sol.

    Ce qui fait beaucoup de dégâts aussi, c’est cette maltraitance généralisée du français, du langage, de l’écrit imprimé, toutes ces fautes volontaires ; sans parler du recours immédiat et systématique à des termes anglo-saxons pour nommer la moindre chose, le français passant pour trop « vieux-jeu » sans doute. Dans ma ville en proie comme partout aux promoteurs, un immeuble est en construction en plein centre, son nom : « Héritaje ». Oui, avec un « j ». Pourquoi ? Pour faire décoratif ? Le « j » est-il plus graphique que le « g » ? Après on s’étonne que les gosses et les gens ne savent plus orthographier. Moi-même, qui lit pourtant, j’ai de plus en plus de doute, et de plus en plus souvent, sur la manière d’écrire tel ou tel mot, sur une terminaison, un doublement de consonnes ou pas... C’est triste.

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    1. Pour l'ouate, les gens ont été durablement pervertis par la chanson de l'autre mocheté, il y a un certain paquet d'années :

      De toutes les matières,
      C'est LA ouate qu'elle préfère…

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  5. "qui liS pourtant". Je suis sûre que j'ai mis un "t", c'est de la faute à "Héritaje", on perd la boule !

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    1. J'avais vu. Mais discret et bien élevé, j'avais aussitôt détourné le regard…

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    2. Merci. C'est aussi que je ne lis qu'au lit, le soir, la journée terminée, au calme.

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    3. D'où l'intérêt de bouquiner au pajot : ça évite les homophonies fâcheuses.

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  6. Le ping-pong s’appellera désormais le clic-clac.

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    1. Cela risque d'entraîner des malentendus. Si je propose à une accorte jeune femme une partie de clic-clac, elle risque de penser que je cherche à l'attirer sur mon canapé convertible et courir me dénoncer aux chiennes de garde du coin…

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    2. Et comme pour Kevin Spacey, tous vos billets, commentaires et romans seront effacés et remplacés par les miens.

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    3. Je n'en serais même pas surpris.

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  7. Cher Didier, vous êtes d'une telle prolixité, on n'arrive plus à vous suivre ! A peine me détends-je deux minutes pour lire vos articles en retard que j'en découvre déjà un nouveau ! Notez bien que ceci n'est pas un reproche, c'est avec reconnaissance que je savoure ce bonheur !

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    1. Et, dès demain matin, avant l'aube, ce sont les greguerias qui vont débouler…

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    2. dès demain matin...
      J'ai remarqué que les posts du Dimanche sont estampillés pile à 7H, je vous soupçonne d'utiliser un dispositif de publication différé "à l'horloge" pour faire croire que vous êtes matinal :-)

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    3. Pas seulement ceux du dimanche : tous ceux que j'écris un jour en les programmant pour le lendemain.

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  8. - Bonjour maraîcher , je voudrais des aulx.
    - Mais monsieur je ne suis pas boucher !

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