jeudi 4 janvier 2018

L'adieu à Honoré (ce n'est qu'un au-revoir)


On va encore répétant – pont aux ânes – que les romans russes se caractérisent par la prolifération sans mesure des personnages qui les peuplent. D'abord, je pourrais dans le quart d'heure vous citer quatre ou cinq grands romans russes dont ce ne serait nullement la caractéristique ; admettons cependant. Mais à côté des Paysans de Balzac, livre tout juste achevé entre réveil et aurore, même La Guerre et la Paix de Tolstoï, Les Démons de Dostoïevski ou Les Golovlev de Saltykov-Chtchtédrine font presque figures de drames intimistes ! Les Paysans est vraiment un extraordinaire roman : la prolifération des personnages, le grouillement de la vie, l'enchevêtrement des intrigues des uns et des autres au gré de leurs intérêts, tantôt divergents, puis convergents, avant de s'opposer à nouveau, la description précise des combines et des montages financiers, les luttes d'influence, les alliances, économiques, matrimoniales ou autres ; tout cela forme un ensemble proprement hallucinant, d'où se dégage finalement, avec une acuité inégalée je crois, le tableau de la chute inexorable non seulement de l'aristocratie mais aussi de la grande bourgeoisie foncière qui pensait se substituer à elle. Un maître livre, comme auraient dit mes confrères du XIXe siècle.

Et la question qui revient, chaque fois que je m'offre une brasse coulée plus ou moins longue dans le grand bain de La Comédie humaine : qui et quoi lire, après ça ? Tout à l'heure, j'ai enchaîné directement – après un café-cigarette tout de même – sur Cœur de lièvre, roman de John Updike, écrivain encore jamais lu. Le malheureux Américain a sans doute pâti excessivement de l'ombre du géant car, après cinquante pages, je l'ai remisé avec un discret bâillement ; conscient du tort que je lui ai sans doute fait, de la lutte à armes trop inégales dans laquelle je l'ai contraint de s'engager, je lui accorderai une nouvelle chance d'ici une semaine ou deux. Depuis, c'est une romancière, elle aussi américaine et elle aussi non lue encore, qui se mesure à la statue d'Honoré : Joyce Carol Oates, Nous étions les Mulvaney. Pour l'instant, elle semble décidée à s'en tirer ; les frêles dames ont parfois de ces ressources insoupçonnées ; Honoré reste sur son quant-à-soi.

24 commentaires:

  1. La série des Rabbit, ce n'est pas ce que je préfère chez Updike, "Les sorcières d'Eastwick" sont beaucoup plus amusantes. Mais dans 100 ans, elle sera lue comme un témoignage de la vie dans les années 1960-1970.
    Il faudrait que je me remette à Joyce Carol Oates et que je l'essaie en VO ; son écriture est quand même assez alambiquée...

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    1. Je retenterai ma chance (ou la sienne…) d'ici quelque temps.

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  2. Je vais proposer tout à fait humblement James Ellroy. Le quatuor de L.A. surtout qu'il se remet à l'ouvrage avec, comme on dirait au cinéma, un prequel sous forme de trilogie avec Perfidia déjà paru et les deux prochains tomes en préparation. Et surtout, la somme qui a mes faveurs, les trois volumes de Underwolrd U.S.A dont il a annoncé qu'après avoir bouclé son oeuvre du moment, qu'il s'attaquera à une trilogie préfigurant les fameux American Tabloid & American Death Trip. Enfin, on peut tout à fait détester un type qui explique qu'on aurait dû refiler un prix Noble à P.Roth plutôt qu'à l'autre troubadour de Dylan ou encore qu'Outremonde de Don Delillo est peut être le meilleur bouquin qu'il a lu. Je note aussi une sacrée convergence de thèmes entre les deux auteurs: Libra du dernier traite les thèmes de American Tabloid; Enfin Outremonde a pour titre original Underworld, soit le nom de la trilogie d'Ellroy, parus dans les mêmes années...

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    1. J'ai tenté de (re)lire Ellroy il y a quelques mois (c'est dans mon journal) et j'ai dû abandonner tant il m'ennuyait ; même chose avec Roth juste après. En revanche, je suis d'accord pour ce qui concerne l'Outremonde de De Lillo.

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  3. Pauvre Balzac, vous faites de lui comme on fait parfois de ses amis : on les enterre puis on les déterre !

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    1. Je ne l'ai pas enterré, mais mis au lit et bien bordé.

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  4. Je crois que ce qui nuit aux romans russes, c'est moins le grand nombre de leurs personnages que le fait qu'ils soient appelés différemment selon la personne qui en parle ou qui s'adresse à eux ( titre officiel, diminutif sans rapport phonétique avec le nom, etc.); "Le Docteur Jivago" contient même un lexique en fin d'ouvrage pour aider le lecteur à s'y retrouver...

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    1. Docteur Jivago qui, par ailleurs, me semble être un roman très surestimé.

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    2. L'intérêt de Jivago, c'est que l'hiver devient un personnage.

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    3. Oui mais c'est un hiver russe : il dure vachement longtemps…

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  5. Encore et toujours des romans, alors que les œuvres complètes de Descartes ou de Martin Heidegger vous attendent...

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    1. Que Descartes et Heidegger aillent se faire empapaouter chez les présocratiques !

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    2. Justement je viens de relire un vieux billet et ses 397 commentaires. On comprend aisément pourquoi le taulier n'a pas envie de rempiler, même en mode passif (Corto74 si tu nous lis...).
      Les nostalgiques peuvent y retrouver l'ignoble Marchenoir, l'ignoble XP, le sympathique Marco Polo et les dames Mildred, Carine, dxdiag et Vanessa.
      Sauf erreur de ma part Blablator est un pseudo de Marco Polo et Heimdal est un pseudo de Marchenoir. Il est probable que d'autres pseudos sont également tenus par Marchenoir que l'honnêteté n'a jamais étouffé...
      J'interviens aussi, mais ceux qui savent la réponse sont priés de ne pas vendre la mèche avant de l'avoir décolorée.

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    3. Il faudra bien que le taulier, comme vous l'appelez, finisse par vous décerner ce diplôme d'archéologue en chef de son site !
      Tricherie pour tricherie, voici une histoire qui devrait enchanter Marchenoir, s'il est toujours de ce monde.
      Un jeune homme qui me touche de près, avait décidé de rejoindre la famille en auto-stop pour cette fin d'année. S'étant ravisé pour des raisons de commodité personnelle, il décida de prendre le train. Il se présenta donc, sans billet, à l'embarquement, arborant sur sa veste une étoile émaillée rouge où figurent une faucille et un marteau jaunes. Le contrôleur lui ayant demandé son titre de transport, le jeune homme se met à expliquer que, pris par le temps, il n'avait pu s'acquitter de son billet avant le départ du train, et l'autre de lui répondre : "Arrêtez de me raconter des histoires. Allez, passe, camarade !"

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    4. Impressionnant, ce dialogue de 2011 !

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  6. Je suis assez d'accord avec Marco Polo, disputer de philosophie et de métaphysique c'est quand même plus proche de nos préoccupations quotidiennes que les petits Legos de Balzac !

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  7. Joseph Conrad, les romans (ça ne grouille pas, plutôt l'inverse) ou les Souvenirs.
    Kapucinski, le Shah ou Le Négus
    Szczygiel, Gottland (Actes Sud)

    Et Frédéric II de Hohenstaufen (l'auteur m'échappe : celui des deux corps du roi).

    Roman policier sans solution donnée (à vous de voir) : Le Quinconce de Palliser

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    1. Sinon, j'ai lu Le Quinconce à sa parution, en 1993 (suite à une greffe de peau, je devais rester deux ou trois semaines allongé…). Je serais incapable d'expliquer, même en gros, de quoi il s'agit ; je me souviens seulement de n'avoir pas lâché prise avant la fin du cinquième volume.

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  8. Pour satisfaire ceux qui veulent de la philo : essayez "Souvenirs" de Hans Jonas.

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    1. On va voir si M. Polo, notre professeur particulier de philosophie, ratifiera votre suggestion…

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    2. Je déclare forfait : je n'ai jamais lu de Jonas, ne serait-ce qu'une ligne. Mais c'est sûrement très bien.

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    3. Mme de Véhesse est donc déclarée vainqueure par K.O. !

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  9. C'est gentil, mais c'est plus une biographie que de la philo.
    En philo pour un début il y aurait "L'étonnement philosophique" de Jeanne Hersch ou Karl Jaspers "Introduction à la philosophie".
    Je pense que Leo Strauss vous plairait ("La persécution ou l'art d'écrire") ou "Temps et Récit" de Ricœur.

    Et sinon, pour faire dans autre chose que le roman tout en restant dans la littérature : "Logiques du brouillon", de Daniel Ferrer.

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